Extraits de la presse

LE COIN DE LA GESTION MENTALE

Pratique élaborée dès les années 1970 par le Français Antoine de La Garanderie, la Gestion Mentale est utilisée en pédagogie pour faciliter les apprentissages. Quelques uns des termes qu'elle emploie sont passés dans le langage courant: qui de nous ne s'est pas déjà demandé s'il était visuel ou auditif?

Etes-vous auditif, visuel ou kinesthésique ?

On distingue trois étapes d'apprentissage: la perception, l'évocation et la restitution. Pour chacune de ces étapes, notre cerveau effectue une démarche différente. La perception nous permet d'entrer en contact avec un contenu nouveau, l'évocation est la façon dont nous pensons ce contenu, la restitution est l'application pratique que nous faisons de ce contenu.

LA PERCEPTION

Pour intégrer un contenu il faut d'abord le percevoir clairement. A ce stade, nous avons recours à nos cinq sens. Ceux qui ont une préférence pour la perception visuelle trouveront plus facile de retenir une notion si elle leur est montrée, dessinée ou s'ils peuvent poser leurs yeux sur un support visuel qui serve de déclencheur au contenu. Bien sûr, ce sont des "visuels". Les "auditifs" préfèrent écouter une explication, entendre un exposé, recevoir des sons qui font sens autour du contenu. Les "kinesthésiques", enfin sont ceux qui font appel au ressenti pour capter le contenu. Soit ils y associent une odeur, une ambiance générale, une sensation, soit ils l'associent à un geste, un mouvement.

Ces trois systèmes de perception ne sont pas incompatibles ni exclusifs: la plupart d'entre nous en conjugue deux, ou les trois. Ce qui fait de nous des visuels, des auditifs ou des kinesthésiques est l'importance et la priorité que notre cerveau accorde à chaque système.

L'EVOCATION

Quand nous avons pu percevoir confortablement le contenu à acquérir et que nous lui avons donné du sens, nous pouvons le garder en tête. Prenez un instant pour vous remémorer un souvenir de vacances agréable…..
Si vous fermez les yeux, vous prenez bien conscience de l'image mentale que vous avez dans la tête: vos vacances ne sont plus là, mais "quelque chose" est bien présent à votre esprit. Observez si c'est plutôt "quelque chose" à regarder, à écouter, à ressentir ou un mélange de tout cela.

Si votre souvenir est plutôt à regarder, qu'il soit en couleurs, en noir et blanc, mobile ou immobile, quels qu'en soient les paramètres, vous êtes "visuel". Si c'est plutôt quelque chose à écouter, que ce soit une voix qui raconte, des dialogues, des commentaires ou quelques mots qui passent, vous êtes un "auditif". Si vous associez fortement un ressenti à votre souvenir, que ce soit une sensation de bien-être, une odeur, un mouvement ou tout autre sensation, vous êtes un "kinesthésique". Et vous conjuguez probablement ces paramètres, à votre manière.

Notons que l'image mentale est une création unique, un peu comme le sont nos empreintes digitales.

Perception et évocation sont, on l'a dit, deux étapes fort distinctes de l'apprentissage. Notre cerveau est donc capable de leur attribuer deux systèmes différents.
On peut fort bien être "visuel" dans une étape et "auditif" dans l'autre. Toutes les combinaisons sont possibles!
Il est intéressant de noter également que nous pouvons traiter de manière auditive une perception visuelle et inversement.
Certains vont au concert et en ressortent la tête pleine d'images, sans plus aucun son D'autres.vont admirer la Joconde et quittent le musée sans aucune image dans leur tête, mais avec tout ce qu'il y a à entendre à propos de ce tableau.

LA RESTITUTION

C'est l'étape au cours de laquelle nous donnons en retour ce que nous avons appris.
Certaines restitutions doivent redonner fidèlement le contenu initial présenté: tout élève doit savoir ses tables de multiplication ou sa poésie "par cœur" et sans erreurs, et l'orthographe n'admet pas de fautes; la construction d'une voiture ne laisse pas de place à des fantaisies personnelles.
D'autres restitutions autorisent un peu plus de liberté: on attend d'une dissertation qu'elle soit à la fois fidèle à une structure et riche de l'individualité de son auteur; d'un médecin qu'il sache accorder la science aux besoins uniques de son patient.
D'autres restitutions enfin, dans les matières artistiques par exemple doivent mêler les contenus récemment acquis et les précédents, les techniques partagées par tous et les émotions propres à chacun. C'est la création unique qui en résulte qui fait la valeur de ce type de restitution. On attend d'un dessin qu'il exprime une émotion personnelle, on écoute un pianiste autant pour l'œuvre qu'il joue que pour l'interprétation qu'il en donne.

Dans le monde académique cette restitution fait le plus souvent l'objet d'une évaluation qui vérifie la qualité et la quantité d'informations retenues, et est attendue sous une forme orale –dialogues ou exposés- ou écrite –textes ou images.

La vie est plus généreuse et nous offre d'infinis moyens d'expression. Chacun peut y choisir celui qui lui convient: parler, chanter, écrire, dessiner, peindre, courir ou mimer. Une célèbre danseuse qu'on avait interrogée sur "ce qu'elle voulait dire par la danse qu'elle créait, le message qu'elle souhaitait transmettre" avait répondu: "Si je pouvais vous le dire, je n'aurais pas à le danser".

Dominique Eberlin
Octobre 2002

Etes-vous linéaire ou global ?

De la même façon que nous naissons avec une prédisposition à utiliser une main plutôt que l'autre pour saisir, tenir ou pour effectuer des gestes fins, ce qui fait finalement de nous des gauchers ou des droitiers, nous naissons avec une prédisposition de l'esprit à appréhender la nouveauté ou la difficulté en termes d'étapes successives à traverser profil linéaire ou de but à atteindre profil global .

Une fois que nous avons atteint une certaine aisance dans un domaine, nous sommes capables de passer d'un fonctionnement à l'autre, de la même manière que nous pouvons devenir habiles des deux mains pour écrire... moyennant un minimum de pratique.

LINEAIRE

Les personnes à profil linéaire se préoccupent principalement de la tâche dans laquelle elles se trouvent: que recèle-t-elle, comment s'y prendre pour la mener à bien ?
Elles suivent volontiers un mode d'emploi, écoutent les développements d'un conférencier, traversent les différentes étapes d'un processus, avancent pas à pas. Arrivées au terme du cheminement, elles en considèrent la totalité et en extraient le sens.
Elles construisent le sens de leurs démarches comme une imprimante d’ordinateur construit les images: un point après l'autre jusqu’au terme de la tâche.

Quand ces personnes rencontrent un obstacledans leur démarche, une difficulté dans la compréhension d'un sujet, elles sont arrêtées et ont besoin de réponses à leurs questions de manière précise: sur ce point-là, à ce stade-là, et immédiatement. Ce sont typiquement des gens qui interrompent une conversation ou des élèves qui lèvent la main AU MILIEU d'une explication pour poser leur question. Le plus souvent ils récoltent un "attends, je parle" ou "je répondrai aux questions en fin d'exposé".
Parfait. Ces élèves-là, dociles, attendront donc la fin de l'exposé, et de la même manière que l'imprimante cesse d'imprimer à l'endroit exact où elle tombe en panne, ces élèves cessent d'écouter à l'endroit exact de leur question. En attendant que nous leur répondions, ils laissent leur esprit suivre un autre chemin et quand nous nous adressons à nouveau à eux, ils sont à mille lieues d'ici... parfois déjà dans la lune.

GLOBAL

Les personnes à profil global ont besoin, pour s'atteler à une tâche, de savoir "pourquoi", dans quel contexte, dans quel cadre elle s'inscrit. Il leur est extrêmement difficile, parfois même impossible d'appréhender une nouveauté sans en concevoir d'abord le sens, la finalité.
Peu leur importe ensuite le chemin par lequel passer pour atteindre leur but. Elles peuvent même sauter des étapes, en laisser d'autres en suspens pour y revenir ensuite, saisir " de tout un peu" et rassembler ensuite des informations disparates pour leur donner sens.

Ces personnes donnent du sens à leur démarche un peu comme une photo polaroïd donne une image: le cadre est clairement dessiné, l'image est très d'abord très floue puis se définit nettement en fin de processus.

Quand les personnes de ce profil rencontrent une difficulté, elles ont besoin de retrouver le sens de ce qu'elles font. Ce sont typiquement des gens qui commencent leur journée ou des élèves qui entrent dans la classe en demandant "Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui? " et questionnent sur le temps que va prendre telle activité, l'espace requis par tel exercice, ce qui est prévu après, etc.

Les personnes à profil global peuvent détester les surprises et les assimilent volontiers à de la rétention d'information, en revanche ils apprécient qu'on leur annonce le "menu du jour"

Global et linéaire sont des fonctionnements propres à chacun, pas toujours conscients, jamais choisis, et qui fondent notre manière d'appréhender la nouveauté, mais également le monde qui nous entoure.

Mettez un global au volant d'une voiture, et un linéaire au passager. Comme d'habitude, le global prend la route, range quelque chose et raconte une histoire (le global fait toujours plusieurs choses en même temps). Avant le troisième virage ou le premier feu rouge, le linéaire s'inquiétant spontanément du chemin emprunté, aura demandé (s'efforçant probablement de rester calme): "Mais enfin, par où passes-tu?"

Aucun des deux profils n'est meilleur que l'autre, et chaque fois que nous nous associons à quelqu'un pour nous engager dans une entreprise, c'est avec une personne qui a le profil complémentaire au nôtre. De la même manière que nous travaillons avec une main droite et une main gauche.

Dominique Eberlin
Septembre 2002

Echecs et réussite

"Mon enfant est en échec". C'est souvent cette constatation qui déclenche la mise en oeuvre pour aider les élèves en difficultés scolaires.

On ne dispose pas d'une définition "scientifique" de la difficulté d'étude. On constate qu'une personne est en difficulté quand elle ne parvient pas à surmonter seule les obstacles qu'elle rencontre sur son chemin. Et on prononce les mots d'échec scolaire quand ces difficultés sont manifestées par des résultats, des notes scolaires insuffisantes.

L'évaluation de la difficulté d'une tâche est extrêmement subjective: elle dépend de facteurs individuels comme les connaissances, les compétences, le fonctionnement mental, les croyances, les préférences de chacun.
Elle dépend également de la complexité de la tâche, de la clarté de la consigne, et enfin de la relation entre les personnes concernées par cette tâche.

L'impact du verdict "d'échec scolaire" est également subjectif: il peut être ressenti comme une alerte passagère ou une impasse définitive, affecter la confiance en soi, la motivation à l'étude, l'image sociale, les relations familiales.

Sous nos latitudes, on a coutume d'opposer la réussite à l'échec comme s'ils étaient les deux versants d'une montagne et qu'on ne pouvait se trouver que sur l'un OU sur l'autre... de préférence sur l'"un": la réussite est considérée comme un devoir et un dû, l'échec comme un point de non-retour. On doit réussir ses examens, son Bac, réussir dans la vie, réussir sa vie professionnelle, sociale, amoureuse etc.
Cette dichotomie nous place tous devant le terrible dilemme du choix exclusif. Ou je suis dans la réussite, ou je suis dans l'échec. De plus on y attache souvent la notion de valeur personnelle: si je suis dans la réussite c'est que je suis quelqu'un de bien, de valable. Si je suis dans l'échec c'est que "je suis nul".

Tout en restant dans les montagnes, imaginons un instant la réussite comme le sommet à atteindre. Considérons que chacun de nous progresse de son mieux pour atteindre ce sommet, qu'il s'est lui-même fixé, implicitement ou explicitement. Bien sûr, ça grimpe parfois durement, on s'engage dans des impasses, on redescend dans une vallée qui nous fait perdre de vue le sommet et le courage, mais on peut aussi y découvrir des points de vue inespérés au détour d'une courbe, y faire des rencontres inattendues. C'est en faisant la route qu'on en découvre ses escarpements et ses beautés.

De la même manière que toute course de montagne nécessite une préparation et un équipement, toute démarche d'apprentissage nécessite quelques prises de conscience pour atteindre son but.

L'OBJECTIF

Avant tout définir son objectif final. Cet objectif peut être assez lointain: "passer le bac" ou plus proche: comprendre le cours de math, réussir l'épreuve de chimie, fournir un travail de recherche, apprendre un vocabulaire, créer un dessin, etc.

Quand l'objectif est trop lointain ou trop copieux, il n'invite pas à se mettre en route, il faut parfois le décomposer en sous-objectifs plus accessibles. De même quand il est trop proche, il ne pique pas la curiosité, n'engage pas à la découverte.

LES RESSOURCES

Ensuite rassembler les ressources qui nous aideront à atteindre cet objectif. On pense immédiatement aux cours ou enseignements dispensés à l'école, aux notes prises, aux documents mis à disposition à propos des contenus, aux exercices d'application.

Il est également intéressant de connaître ses préférences d'apprentissage, son profil cognitif, pour en exploiter les forces. Comment mon cerveau aime-t-il recevoir la nouveauté?
Si j'ai besoin d'avoir un support visuel et que la matière m'est apportée sous forme orale uniquement, quel que soit le contenu il me paraîtra plus difficile.
Si j'aime suivre un déroulement linéaire et qu'on m'enseigne de façon globale, je ne vais pas m'y retrouver.
Est-ce que j'ai besoin d'explications, d'exemples, de comprendre le concept, de pouvoir le traiter à ma manière, d'y trouver un lien direct avec la réalité? Certaines personnes ne peuvent pas entrer en matière face à la nouveauté si elles ne peuvent pas lui trouver une utilité.

Est-ce que je préfère prendre la route seul ou la partager avec un compagnon d'étude? Suis-je par ailleurs assez serein dans ma vie personnelle, sociale, pour disposer de mon énergie sur le plan intellectuel?
Tous ces paramètres, parmi d'autres, comptent dans la démarche d'apprentissage, et sont d'autant plus importants que la matière est ardue.

LES OBSTACLES

Enfin il faut envisager les difficultés qui peuvent se présenter au long du chemin, pour éviter de s'y perdre. Il est bon de savoir, en posant le premier pas, que chacun a une attitude différente face aux mêmes obstacles, et ce qui paraît anodin à l'un peut paraître infranchissable à l'autre. Que l'avancement ne sera pas toujours facile, qu'il faudra parfois transpirer un peu, s'encorder peut-être pour réussir ensemble une étape difficile, et que cela fait partie du voyage.
Il est bon de savoir qu'avoir des difficultés ne signifie pas être sans valeur, avoir de l'aide ne signifie pas être incompétent.

L'ACCOMPAGNEMENT

Toute démarche d'apprentissage, est composée d'une suite de bons pas et de faux pas, d'encouragements et de découragements, d'échecs et de satisfactions qui mènent tous à la réussite.
Considérons ce que nous nommons échecs comme des alertes passagères, des signaux pour changer de direction avant de nous trouver devant une impasse définitive et de devoir rebrousser chemin, considérons tout ceci comme des occasions d'apprendre. Et quand nous avons essuyé quelques échecs, que nous arrivons au sommet, quand l'objectif est atteint, il convient de "planter le drapeau".

C'est le moment d'honorer les efforts fournis, de partager la gloire de la réussite avec ceux qui nous ont accompagnés, et d'admirer le paysage.

...Forts de nos nouvelles expériences, nous pouvons alors envisager le voyage suivant!

Dominique Eberlin
décembre 2002

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